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Santé mentale 8 min de lecture

Comment le sommeil affecte ta santé mentale

La science derrière la relation à double sens entre le repos et ton esprit

Jamie Okonkwo
Jamie Okonkwo Sleep Wellness Advocate, Parent of Twins
Publié le
Chambre paisible baignée de clair de lune

Points clés

  • Le sommeil et la santé mentale fonctionnent dans les deux sens — un mauvais sommeil aggrave ton humeur, et une humeur en berne détruit ton sommeil
  • Une seule mauvaise nuit peut faire grimper les pensées négatives d'environ 30 %
  • Le manque de sommeil chronique augmente le risque de dépression, d'anxiété et de TSPT
  • En cas de dépression légère, améliorer le sommeil peut être aussi efficace que la médication
  • La TCC-I (Thérapie Cognitive et Comportementale de l'Insomnie) affiche un taux de réussite d'environ 80 % — et les résultats durent

J'ai appris ça à mes dépens. Environ trois mois après la naissance de mes jumeaux, je dormais peut-être quatre heures par nuit, en morceaux, et j'ai commencé à remarquer que je n'arrivais plus à m'arrêter de pleurer. Pas des pleurs de tristesse, pas vraiment. Plutôt comme si mon cerveau avait perdu la capacité de réguler quoi que ce soit.

Mon gynéco a prononcé le mot « post-partum » et j'ai hoché la tête, mais ce que je n'arrêtais pas de me dire, c'était : Je n'étais pas comme ça avant que le sommeil disparaisse. Il s'avère que cette intuition était plus juste que je ne le croyais. La relation entre le sommeil et la santé mentale n'est pas une rue à sens unique où ton humeur bousille ton repos. Ça marche aussi dans l'autre direction, et parfois c'est cette direction-là qui frappe le plus fort.

Cet article, c'est ce que j'aurais voulu qu'on me mette entre les mains pendant ces tétées de 3h du mat'. Pas un discours motivant. Juste la vraie science, expliquée comme si un être humain l'avait écrite.

01 Le lien sommeil-esprit

Pendant longtemps, les chercheurs ont traité les problèmes de sommeil comme un symptôme des troubles mentaux. Déprimé ? Normal que tu ne dormes pas. Anxieux ? Évidemment que tu es réveillé à 2h du mat'. Le trouble du sommeil n'était qu'une conséquence du vrai problème.

Cette vision des choses a été bouleversée au cours des quinze dernières années.

« Le sommeil n'est pas qu'un symptôme de la maladie mentale — c'est à la fois une cause, une conséquence et une cible thérapeutique potentielle. »

— Dr. Matthew Walker, Why We Sleep

La relation est bidirectionnelle. Un mauvais sommeil peut déclencher des problèmes de santé mentale. Les problèmes de santé mentale peuvent anéantir ton sommeil. Et quand les deux se conjuguent, ils s'alimentent mutuellement. J'ai vécu dans cette boucle pendant des mois sans réaliser qu'elle avait un nom, et encore moins tout un corpus de recherches derrière elle.

La boucle de rétroaction

Mauvais sommeil
Régulation émotionnelle altérée
Anxiété/dépression accrue
Pensées qui tournent en boucle la nuit
Mauvais sommeil

02 Ce qui se passe quand tu ne dors pas

Ton cerveau ne s'éteint pas quand tu dors. Il fait un vrai boulot — il consolide les souvenirs, traite les expériences émotionnelles, évacue les déchets métaboliques. Supprime ce temps de maintenance et les choses commencent à se détraquer.

L'amygdale part en vrille

En 2007, des chercheurs de UC Berkeley (Yoo et al.) ont placé des personnes en manque de sommeil dans des appareils d'IRM fonctionnelle et leur ont montré des images à charge émotionnelle négative. L'amygdale — la partie du cerveau qui déclenche l'alarme émotionnelle — s'est activée 60 % de plus chez le groupe privé de sommeil par rapport aux personnes ayant dormi normalement[1].

Soixante pour cent. C'est tout sauf anodin.

Et ça empire. Le cortex préfrontal — la région de ton cerveau qui dit « on-se-calme-et-on-réfléchit » — montrait une connectivité affaiblie avec l'amygdale après le manque de sommeil. Donc tes réactions émotionnelles s'emballent, et la partie de ton cerveau qui te ramènerait normalement à la raison se met partiellement hors ligne. (Si tu as déjà sangloté devant une pub de céréales après une mauvaise nuit, voilà pourquoi.)

60 % Augmentation de la réactivité émotionnelle après une nuit blanche
30 % Hausse des schémas de pensée négatifs
40 % Réduction de la capacité à former des souvenirs positifs

Mémoire et fonctions cognitives

Pendant le sommeil profond (ondes lentes), ton cerveau transfère les souvenirs de la mémoire à court terme vers la mémoire à long terme. Pendant le sommeil paradoxal, il traite les expériences émotionnelles — il en retire une partie de la charge brute pour qu'elles semblent moins accablantes le lendemain. Rate l'un ou l'autre de ces stades et tu le sens. Violemment.

03 Sommeil & troubles mentaux

C'est là que ça cesse d'être abstrait et que ça commence à correspondre à des catégories diagnostiques que tu reconnais peut-être.

Dépression

Environ 90 % des personnes souffrant de dépression rapportent des problèmes de sommeil. Ce chiffre à lui seul est hallucinant. Mais voici ce qui a changé ma façon de voir les choses : l'insomnie apparaît souvent des semaines ou des mois avant un épisode dépressif, pas après. Une méta-analyse de 2011 par Baglioni et al. a montré que ça pourrait en fait être un signal d'alerte — ou une cause contributive[2].

Bon à savoir : Les personnes insomniaques ont 10 fois plus de risques de développer une dépression

Troubles anxieux

L'anxiété et le sommeil s'enchaînent dans un verrouillage serré. Tu restes éveillé à ruminer. Le sommeil perdu te rend plus anxieux le lendemain. Et ça recommence. Une étude de 2020 par Simon et al. dans Nature Human Behaviour a montré que les régions cérébrales d'anticipation deviennent hyperactives après un mauvais sommeil[3]. Ton cerveau devient littéralement meilleur pour s'inquiéter quand tu es fatigué.

Bon à savoir : Le sommeil profond réduit l'anxiété en réorganisant les connexions cérébrales

TSPT

Le sommeil paradoxal, c'est le moment où ton cerveau traite les souvenirs traumatiques — il les classe pour qu'ils perdent de leur acuité. Les personnes atteintes de TSPT ont souvent un sommeil paradoxal perturbé, ce qui pourrait expliquer pourquoi les souvenirs traumatiques restent si vifs et intrusifs au lieu de s'estomper progressivement.

Bon à savoir : Les interventions centrées sur le sommeil montrent de vrais résultats prometteurs pour le traitement du TSPT

Trouble bipolaire

La perturbation du sommeil peut effectivement déclencher des épisodes maniaques. À l'inverse, stabiliser les habitudes de sommeil est l'un des moyens les plus fiables pour prévenir les épisodes. Pour le trouble bipolaire, la régularité du sommeil compte peut-être encore plus que le nombre total d'heures.

Bon à savoir : La régularité des horaires de sommeil pourrait être plus protectrice que la durée du sommeil

04 Briser le cercle vicieux

Comme le sommeil et la santé mentale se poussent mutuellement dans les deux sens, tu peux intervenir de chaque côté. Travaille sur le sommeil. Travaille sur la santé mentale. Idéalement les deux, mais commencer par un seul, c'est déjà quelque chose.

« Traiter l'insomnie est l'une des interventions les plus puissantes dont nous disposons pour améliorer les résultats en santé mentale. »

— Dr. Rachel Manber, Stanford Sleep Medicine

La TCC-I : la référence absolue

La Thérapie Cognitive et Comportementale de l'Insomnie (TCC-I) est désormais le traitement de première intention pour l'insomnie chronique — devant les somnifères. Elle cible les comportements et les schémas de pensée qui entretiennent l'insomnie.

Une méta-analyse de 2015 portant sur 87 études (Trauer et al., Annals of Internal Medicine) a montré que la TCC-I fait jeu égal avec les somnifères pour l'amélioration à court terme, mais les surpasse sur le long terme parce que les bénéfices persistent après la fin du traitement[4]. Cette distinction compte énormément si tu penses en termes de durabilité.

Ce qui fonctionne vraiment (selon la recherche)

1
Restriction de sommeil

Celle-là semble contre-intuitive : tu passes moins de temps au lit au début. L'idée, c'est d'accumuler une vraie pression de sommeil pour qu'au moment de te coucher, tu t'endormes réellement au lieu de rester allongé à ruminer. Ça marche. C'est aussi atroce pendant environ une semaine. Je préfère te prévenir.

2
Contrôle du stimulus

Le lit, c'est pour dormir. Point. Si tu es resté éveillé 20 minutes, lève-toi et va dans une autre pièce. L'objectif, c'est de reconditionner ton cerveau pour qu'il arrête d'associer ton lit avec le fait de fixer le plafond.

3
Restructuration cognitive

Tu connais la spirale de pensées : « Si je ne dors pas je serai nul demain et puis je vais me faire virer et ensuite — » Ces prédictions catastrophistes font monter en flèche tes hormones de stress et rendent le sommeil encore plus difficile. Apprendre à les repérer et à les remettre en question, c'est une compétence, pas un trait de personnalité.

4
Entraînement à la relaxation

Relaxation musculaire progressive, exercices de respiration lente, méditation de pleine conscience. Tout ça a des effets mesurables sur la vitesse d'endormissement et la qualité du maintien du sommeil. Ce n'est pas de la magie. Mais c'est réel.

05 Quand demander de l'aide

Parle à quelqu'un si :

  • Tes problèmes de sommeil durent depuis plus de 3 semaines et les bonnes habitudes ne changent rien
  • Tu remarques des symptômes de dépression ou d'anxiété en plus des troubles du sommeil
  • Ton sommeil sabote ton travail, tes relations ou ta capacité à traverser une journée normale
  • Tu utilises de l'alcool ou des médicaments pour réussir à t'endormir
  • Tu as des pensées d'automutilation ou de suicide — s'il te plaît, tends la main maintenant. En France, le 3114 (numéro national de prévention du suicide) est disponible 24h/24 : appelle le 3114

Un spécialiste du sommeil, un psychiatre ou un psychologue formé à la TCC-I peut déterminer si ton problème de sommeil est le souci principal ou si quelque chose d'autre est en cause. Tu n'as pas à démêler ça tout seul.

Si tu tournes à vide en ce moment

Je vais être honnête avec toi. Quand j'étais au plus profond du brouillard post-partum, quelqu'un me disant « le sommeil est important pour la santé mentale » m'aurait donné envie de lui lancer un truc à la figure. Je savais que le sommeil était important. C'est juste que je n'arrivais pas à en avoir.

Alors si c'est là où tu en es — si tu lis ça à 3h du mat' avec un bébé sur la poitrine, ou parce que l'anxiété ne te laisse pas fermer les yeux, ou parce que la dépression a complètement chamboulé ton rythme de sommeil — je ne vais pas te dire de simplement faire plus d'efforts.

Ce que je vais te dire, c'est ceci : la science montre que le sommeil et la santé mentale sont enchevêtrés, et tirer sur un fil peut desserrer l'autre. Tu n'as pas besoin de tout régler d'un coup. Un seul petit changement — prendre la lumière du matin, garder une heure de réveil régulière même le week-end, en parler à ton médecin — peut faire tourner la boucle dans l'autre sens. Et cet autre sens existe. Je te le promets.

Sources & lectures complémentaires

  1. Yoo, S. S., Gujar, N., Hu, P., Jolesz, F. A., & Walker, M. P. "The human emotional brain without sleep—a prefrontal amygdala disconnect." Current Biology, 17(20), R877-R878. (2007) PubMed →
  2. Baglioni, C., Battagliese, G., Feige, B., et al. "Insomnia as a predictor of depression: A meta-analytic evaluation." American Journal of Psychiatry, 168(10), 1147-1149. (2011) PubMed →
  3. Simon, E. B., Rossi, A., Harvey, A. G., & Walker, M. P. "Overanxious and underslept." Nature Human Behaviour, 4, 100-110. (2020) Nature →
  4. Trauer, J. M., Qian, M. Y., Doyle, J. S., et al. "Cognitive Behavioral Therapy for Chronic Insomnia: A Systematic Review and Meta-analysis." Annals of Internal Medicine, 163(3), 191-204. (2015) PubMed →

Livres recommandés

  • Why We Sleep by Matthew Walker, PhD
  • The Sleep Solution by W. Chris Winter, MD
  • Say Good Night to Insomnia by Gregg D. Jacobs, PhD
Jamie Okonkwo
Écrit par

Jamie Okonkwo

Sleep Wellness Advocate, Parent of Twins

Couche-tard reconvertie en maman de jumeaux épuisée. J'ai commencé à dévorer la recherche sur le sommeil par désespoir, pas par curiosité. Ce site existe parce qu'aucun parent épuisé ne devrait avoir à fouiller dans des revues médicales à 3h du mat' comme je l'ai fait.

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